Il était deux heures du matin.  Le ventre hors de l’eau, le chronomètre à la main, je calculais pour je ne sais plus combien de fois la durée de ma contraction et le temps écoulé depuis la dernière.   Trois heures à m’allonger dans le bain en me demandant si l’accouchement était imminent.  Des contractions d’une minute à toutes les trois minutes, ça devait bien vouloir dire que l’heure de la délivrance avait sonné.  J’étais tout de même un peu confuse.  Pourquoi avoir des contractions aux trois minutes quand on m’avait dit qu’elles seraient aux cinq minutes?  Ça n’aurait pas dû me surprendre puisque ma grossesse sortait déjà de la norme.  Diagnostiquée avec un utérus irritable, j’avais de fréquentes contractions depuis le cinquième mois de ma grossesse.  Le simple fait d’être debout et de marcher un peu faisait contracter mon ventre qui devenait alors très dur, ce qui n’était pas des plus confortable.  Sachant qu’en étant prudente dans mes déplacements, je n’avais pas vraiment à craindre un accouchement prématuré, je m’étais accoutumée à cette situation hors de l’ordinaire.

La peau toute plissée et le corps ankylosé, je décidai enfin à sortir de mon bain.  La douleur  des contractions s’intensifiant tranquillement, j’avais la nette impression que je devais réveiller mon mari et demander son avis.  Devais-je déjà contacter ma sage-femme ? L’idée de la tirer des bras de Morphée pour avoir son point de vue sur mon état ne m’enchantait guère.  Une fois bien réveillé et constatant que mes contractions étaient bel et bien régulières et de plus en plus inconfortables, mon mari fut d’avis qu’on devait la rejoindre.  Un appel sur le téléavertisseur et cinq minutes plus tard, Holly nous rappelait pour répondre à nos questions.  Après quelques explications sur mon état, elle nous dit qu’elle serait chez nous sous peu.  Tous les signes de l’accouchement étaient présents.

En attendant l’arrivée d’Holly, j’aidai Gerhard à préparer notre lit pour l’accouchement. Lorsqu’il fut prêt, je m’installai sur un ballon d’exercice que je trouvais plutôt confortable pour gérer mes contractions qui devenaient de plus en plus douloureuses.  Quelques minutes plus tard, Holly arrivait toute calme et souriante malgré son réveil en plein milieu de la nuit.  J’étais rassurée de la voir car je savais que j’étais entre bonnes mains avec elle.

Elle ne tarda pas à faire une vérification de l’ouverture du col de mon utérus.  Il était déjà dilaté à quatre centimètres.  Sur une note très encourageante, elle me dit que notre bébé se pointerait sûrement le bout du nez au matin.  Wow ! Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si rapide.

Quand l’aube s’infiltra dans notre chambre, je ne le remarquai même pas me sentant dans une autre dimension sous l’influence de la douleur.  Puis quelques heures passèrent pendant lesquelles mon col ne dilata que de deux centimètres supplémentaires.  Mes eaux n’étant toujours pas crevées, Holly me suggéra alors de les crever grâce à un petit crochet conçu à cet effet.  La quantité de liquide amniotique qui s’échappa fut spectaculaire.  Holly n’avait encore jamais vu autant de ce liquide sortir d’un placenta.

En l’inspectant de plus près, elle remarqua que la couleur du liquide n’était pas tout à fait claire.  Elle pensa donc qu’il était possible que ce soit des traces de méconium, les excréments que le bébé aurait commencé à rejeter.  Dans un tel cas, il faudrait que je me rende à l’hôpital pour y terminer l’accouchement et ainsi permettre au bébé d’être sous une surveillance plus étroite.  Mais comme les traces semblaient vraiment minimes, elle me laissa le choix de continuer l’accouchement à la maison ou de me rendre à l’hôpital.  Ma décision fut très rapide : je voulais un accouchement à la maison.  J’allais rester dans ma chambre jusqu’à ce que notre enfant voie le jour.

Les eaux crevées eurent pour effet d’augmenter la douleur de mes contractions.  Holly était confiante que ces dernières seraient efficaces et que mon col dilaterait jusqu’à 10 centimètres assez rapidement.

 Je décidai de prendre un bain pour m’aider à mieux gérer mes contractions.  Gerhard et Holly s’alternèrent pour me tenir compagnie.  Je me souviens de peu si ce n’est que je ne vivais plus que pour les instants de répit entre chaque contraction.

L’avant-midi passa et mon col refusait de se dilater davantage.  Je commençai à pleurer de douleur et je vomis le peu de déjeuner que j’avais réussi à avaler quelques heures plus tôt.  En me voyant dans un tel état, Gerhard laissa couler quelques larmes de compassion tout en essayant du mieux qu’il put de me soutenir dans ma souffrance.

Après avoir examiné une fois de plus l’état de mon col et constatant qu’il en était toujours qu’à 6 centimètres, Holly nous suggéra de nous rendre à l’hôpital pour continuer l’accouchement.  Je pourrais ainsi recevoir une péridurale et me reposer un peu jusqu’à ce que mon col soit prêt pour la poussée.  Je tenais tellement à accoucher à la maison que je refusai décidant de continuer ma galère de douleur, espérant que ma détermination porterait fruit.

Holly décida alors de contacter une autre sage-femme pour lui demander conseil.  Cette dernière, Marsi, préféra se rendre sur place pour l’assister.  Pendant que Gerhard se reposait dans le salon et que Holly prenait congé pour faire une petite sieste dans la chambre d’ami, Marsi prit la relève.  Je  retournai prendre un bain en sa compagnie.  Assise à côté  du bain, elle me réconfortait par sa tranquille présence.   Mes contractions étaient si fortes que j’empoignais ses jambes que je frappais ensuite de mes paumes pour traverser les tumultueuses vagues de contractions.

Après un certain temps, elle me suggéra de sortir du bain pour tenter d’autres méthodes pouvant aider à la dilatation.  Je me sentais comme dans un second état.  Je ne me rappelle même pas qu’elle m’ait offert de me rhabiller et que je refusai catégoriquement.

Avec l’aide de Gerhard, nous essayâmes les techniques qu’elle nous conseilla, mais en vain.  Le travail stagnait.  Une fois Holly de retour de sa sieste, elle et Marsi tentèrent à nouveau de me convaincre de me rendre à l’hôpital.  Ma réserve d’énergie diminuait et elles me dirent à quel point il était important de conserver des forces pour la poussée.  D’autre part, en étant à l’hôpital, elles pourraient surveiller de plus près l’état du bébé.  Malgré mes réticences et ma grande déception, j’acceptai de m’habiller et de m’y rendre.  Il était déjà trois heures de l’après-midi.

Le trajet en voiture jusqu’à l’hôpital fut ardu.  Les yeux fermés, je m’agrippais à la poignée de la porte et à mon banc pour traverser chaque spasme de douleur.  Je laissais même parfois échapper des râles de souffrance.  Même si j’étais contrariée de ne pas pouvoir terminer l’accouchement naturellement, sans anesthésie, je commençais à entrevoir avec soulagement la péridurale qui m’attendait.

En arrivant à l’hôpital, nous fûmes rapidement dirigés à une chambre.  Nos deux sages-femmes vinrent nous rejoindre sans délai.  L’anesthésiste ne tarda pas et je reçu la péridurale promise.  Une fois la douleur évanouie, j’en profitai pour téléphoner à mes parents pour les avertir que l’accouchement était en cours et que j’étais rendue à l’hôpital en raison de quelques complications. Je rassurai ma mère en lui disant que j’allais bien et que je l’appellerais quand notre bébé serait né.

Marsy me recommanda ensuite d’essayer de dormir.  J’eus beau essayer mais je n’y parvins pas vraiment.  Je tentai tout au mieux de me détendre. Je voyais Gerhard qui somnolait dans un coin de la chambre sur une chaise bien loin d’être confortable.  J’entendais à intervalles réguliers le moniteur qui surveillait le rythme cardiaque de mon bébé, ce qui me gardait aux aguets.  Gerhard m’offrit du thé glacé pour me désaltérer et me redonner un peu d’énergie.

Puis Marsy constata que mes contractions avaient diminué.  C’est souvent un effet de la péridurale.  Elle ajouta donc de l’occytocine à mon soluté afin de stimuler les contractions de mon utérus.  C’était une fois de plus une intervention que je n’avais pas souhaitée… mais il me fallut bien m’y résigner après plus de dix-huit heures de travail.  Il fallut attendre jusqu’à neuf heures du soir pour que mon col soit dilaté à dix centimètres et qu’il soit enfin prêt pour la grande aventure de la poussée.

Et quelle aventure ce fut !  Quatre longues heures de poussées !  Après environ trois heures de labeur infructueuse,  une obstétricienne vint m’examiner pour ensuite dire à mes sages-femmes qu’elle pensait qu’il ne resterait que quelques poussées supplémentaires avant la naissance.  Mais ce ne fut pas le cas.  Je désespérais…

C’est alors que Marsy commença à me parler de la possibilité d’avoir une césarienne.  À ces propos, je commençai à pleurer.  Je ne voulais tellement pas ça !  Tout le contraire de ce que j’avais imaginé comme accouchement idéal !  Je me suis mise à dire, entre quelques sanglots, que si mon bébé ne sortait pas, ce devait probablement être de ma faute… Peut-être que dans le fond de moi-même, je ne désirais pas vraiment cet enfant et que cela bloquait le processus de la naissance… À ces propos, Marsy tenta tout de suite de me rassurer et de m’encourager.  Ces pensées étaient fausses et je ne devais pas me culpabiliser.  Jusqu’à maintenant, on avait tout essayé pour faire progresser le travail et je démontrais une force et une détermination incroyables.  Si des interventions chirurgicales étaient nécessaires c’était pour mon bien et celui de mon bébé.  Gerhard m’aida à accepter cette éventualité.

Quand l’obstétricienne se présenta à nouveau, elle m’annonça qu’elle allait tenter l’utilisation de la ventouse pour aider à faire sortir mon bébé.  Elle allait m’accorder deux contractions.  Si cela ne fonctionnait toujours pas, la césarienne serait l’ultime solution. La salle d’opération était déjà prête à cette éventualité.

Partager:
Facebook Twitter Digg Delicious Reddit Stumbleupon Tumblr Email